Dette : l’accélération de l’histoire

C’eût été une bonne chose, pourtant, que de changer l’aspect, et peut-être le nom, de cette grande avenue.Le ton est donc donné, mais on aurait tort de penser que Christian Navlet veut entamer tout de suite un bras de fer.Conçoit-on un moment où l’homme ne puisse plus former de désirs, même raisonnables ?Si nous voulons abolir le passé sanguinaire, si nous voulons faire de la France autre chose que le bagne et le couvent qu’elle est devenue, nous devons supprimer tout ça, et vite.Vous devez pourtant savoir ce qu’ils vous ont coûté jusqu’ici, les sauveurs.Car toute la question est là : s’ils admettent, comme le faisait l’Internationale, que les revendications politiques particulières doivent céder le pas aux revendications économiques générales ; s’ils admettent que les déshérités, afin de devenir citoyens du monde, doivent d’abord renoncer à la qualité de citoyens de leur pays (ou, au moins, renoncer à réclamer cette qualité pleine et entière, effective) ; s’ils admettent qu’afin de mettre un terme aux spoliations dont ils sont victimes d’un bout à l’autre du globe ils doivent s’abstenir d’abord de s’attaquer aux filous qui les dépouillent cheAux tout petits, dont l’âme à peine ouverte est flétrie par les émanations pestilentielles du marécage social ; aux enfants dont l’esprit a conçu des rêves que la liberté aurait fait naître grandioses, et que font avorter les grilles de la misère — on a volé leur patrie.Il est possible que les larbins du Nationalisme n’aient pas tort d’épousseter son plumet et de bassiner son plumard.Depuis un siècle, en dépit de toutes transformations superficielles, il n’a pas cessé de régner en maître ; il n’a pas cessé de niveler ; il n’a pas interrompu sa besogne d’assassin.Quant à leurs plans, quant aux saletés qu’ils appellent leurs idées et leurs convictions, il serait inutile, même s’ils étaient capables de les exposer clairement, de discuter ça un seul instant ; on n’argumente pas avec la bête venimeuse : on l’écrase.Le temps presse, disent-ils, car le cheval que monte le général Roget, ce vieux cheval de retour (d’Allemagne), ne vivra pas toujours, pas plus que le général lui-même ; et il faut marcher avant que les Sans-patrie se décident à le débiter par tranches — le cheval ou le général ?