Antonio Fiori : La finance honnête disparaîtra

C’est parce que nous avons la conviction que la société civile peut et doit faire entendre sa voix en se rassemblant, que nous lançons aujourd’hui un appel à tous ceux qui souhaitent résister aux dérives de notre société, que nous les invitons à inventer ensemble une démocratie qui privilégie le civisme, c’est-à-dire le respect et l’attachement citoyen à la collectivité et au bien commun. Il semble donc d’abord que je puisse, comme je voudrai, tenir ce mouvement pour multiple ou pour indivisible, selon que je l’envisage dans l’espace ou dans le temps, comme une image qui se dessine hors de moi ou comme un acte que j’accomplis moi-même. Bien-sûr des efforts sans précédent ont été accomplis par les gouvernements et les régulateurs. La crise récente a en effet montré que la tentation est toujours grande de chercher refuge dans des formes de nationalisme économique. Elle sera le dernier établissement hexagonal à le faire, confirmant ainsi la solidité retrouvée du système bancaire français. Les mêmes qui ne jurent que par la croissance économique mais veulent détruire la croissance démographique se disent que l’immigration viendra compléter la baisse des naissances. L’élargissement du travail le dimanche n’est pas une libération. Sans doute il y a progrès, si l’on entend par progrès une marche continue dans la direction générale que détermina une impulsion première, mais ce progrès ne s’accomplit que sur les deux ou trois grandes lignes d’évolution où se dessinent des formes de plus en plus complexes, de plus en plus hautes : entre ces lignes courent une foule de voies secondaires où se multiplient au contraire les déviations, les arrêts et les reculs. Notre contradicteur et néanmoins ami Antonio Fiori, a convaincu et remporté une victoire pour ce projet. Le lent progrès de l’humanité vers une vie sociale de plus en plus pacifiée a consolidé cette couche peu à peu, comme la vie de notre planète elle-même a été un long effort pour recouvrir d’une pellicule solide et froide la masse ignée des métaux en ébullition. Pour lutter contre les inégalités induites, il faut non seulement rendre accessibles les consommations médicales, lutter contre les déserts médicaux mais également contre les freins psychologiques, culturels et sociaux. Puis, il ajoutait que c’est sur le deuxième enfant que doit porter l’effort de l’Etat. A l’intelligence enfin on adjoindrait l’intuition. L’erreur de Nietzsche fut de croire à une séparation de ce genre : d’un côté les « esclaves », de l’autre les « maîtres ». Il nous a remis en présence de nous-mêmes. D’ailleurs, il ne peut pas être question pour le moment de faire l’exposé ou la critique du système de Leibnitz, mais seulement de présenter quelques observations sur l’énoncé et sur la portée de l’axiome qu’il a rendu fameux, en tant que ces observations peuvent contribuer à éclaircir nos propres idées et à préparer le lecteur aux développements qui doivent suivre. CAR l’imprécision est d’ordinaire l’inclusion d’une chose dans un genre trop vaste, choses et genres correspondant d’ailleurs à des mots qui préexistaient. On n’a pas su anticiper l’explosion des maladies chroniques due au vieillissement de la population, au progrès médical et à certains facteurs environnementaux. Tandis, en effet, qu’on posait d’un côté une réalité extérieure multiple et divisée, de l’autre des sensations étrangères à l’étendue et sans contact possible avec elle, nous nous apercevons que l’éten­due concrète n’est pas divisée réellement, pas plus que la perception immé­diate n’est véritablement inextensive. Ceci étant dit, la confiance – qui est très loin de trouver sa source ou son explication dans la rationalité – est naturellement la clé de voûte de cet édifice : sa présence autorise tous les progrès ainsi que la croissance, alors que son absence est la porte. Mais cette peine toute superficielle n’aurait qu’à s’approfondir pour venir se perdre dans l’attente et l’espoir d’un instrument merveilleux.